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Du déséquilibre
commercial au dialogue
French.china.org.cn | Mis à jour le 02-09-2026
Alors que le déséquilibre commercial attise les tensions politiques
entre Bruxelles et Beijing, un constat s’impose : l’interdépendance
économique reste incontournable.
Selon les données de l’Union européenne, le déficit commercial de
biens de l’UE vis-à-vis de la Chine s’est établi à environ 359,8
milliards d’euros en 2025. En hausse de près de 15 % par rapport aux
312,2 milliards d’euros de 2024, il représente environ 47,4 % du
commerce bilatéral de biens. Avec l’élargissement persistant de ce
déséquilibre ces dernières années, la question ne se limite plus aux
seules dimensions économiques et commerciales. Elle est devenue un
enjeu majeur des relations sino-européennes et s’inscrit de plus en
plus, du côté européen, dans le récit politique autour de la
compétitivité industrielle, de la sécurité des chaînes
d’approvisionnement et de la réduction des risques. La manière
d’appréhender, de traiter et de résoudre ce déséquilibre bilatéral
constitue désormais un facteur déterminant pour l’avenir des
relations sino-européennes. Dans ce contexte, un examen objectif et
approfondi de la situation s’impose.
Éclairages sur le déficit
Premièrement, du point de vue de la structure des échanges, le
commerce de biens entre la Chine et l’UE présente aujourd’hui un
caractère d’intra-branche très prononcé. L’UE importe principalement
de Chine des produits électroniques, des équipements mécaniques, des
produits chimiques, du matériel de transport, des meubles ainsi que
des textiles et vêtements. En revanche, ses exportations vers la
Chine sont davantage axées sur l’automobile, les machines-outils de
haute technologie, les instruments de précision, les produits
pharmaceutiques et certaines pièces électroniques. Par rapport au
passé, les échanges s’articulent désormais autour des biens
manufacturés à forte intensité technologique et chimique, ce qui se
reflète directement dans le solde européen.
Deuxièmement, les statistiques des deux parties présentent des
écarts significatifs, les chiffres européens affichant un déficit
nettement plus élevé. Selon les douanes chinoises, le commerce total
de biens s’est élevé à 5 930 milliards de yuans en 2025, le surplus
chinois représentant environ 35,2 % de l’ensemble. Selon les
statistiques européennes, ce déficit avoisine la moitié du commerce
bilatéral. Ces disparités s’expliquent principalement par des
différences méthodologiques d’évaluation et de règles d’origine : la
Chine évalue ses exportations en valeur FOB (franco à bord), tandis
que l’UE comptabilise ses importations en valeur CAF (coût,
assurance et fret), ce qui majore mécaniquement la valeur des mêmes
marchandises dans les comptes européens.
Troisièmement, si l’UE accuse un déficit important et croissant dans
le commerce des marchandises, elle dégage en revanche un excédent
dans le commerce des services. Selon la Commission européenne, les
exportations de services de l’UE vers la Chine se sont élevées à
67,1 milliards d’euros en 2025, contre 45,8 milliards d’euros
d’importations, soit un excédent de 21,3 milliards d’euros.
Des dynamiques plurielles
L’aggravation du déficit commercial entre la Chine et l’UE résulte à
la fois de causes structurelles et de facteurs conjoncturels.
Sur le plan structurel, ce déséquilibre reflète l’évolution relative
des capacités manufacturières des deux parties au cours des
dernières décennies, en particulier depuis l’accession de la Chine à
l’OMC. D’une part, les échanges sino-européens, qui relevaient
initialement d’une complémentarité inter-branche, s’orientent
davantage vers une division horizontale : les deux parties échangent
des biens de même catégorie au sein des mêmes secteurs
manufacturiers à plus forte valeur ajoutée. L’avantage comparatif
s’est progressivement déplacé en faveur de la Chine, portée par la
montée en puissance de son appareil productif face à un certain
essoufflement européen. Le secteur automobile en est une
illustration emblématique.
D’autre part, les chaînes industrielles et d’approvisionnement de la
Chine, aujourd’hui plus complètes que celles de l’Europe, favorisent
ses exportations vers l’UE : des matériaux pour batteries aux
composants clés, en passant par la fabrication de véhicules, les
équipements de stockage d’énergie et les infrastructures de
recharge, la Chine a su créer de fortes synergies dans la filière
des énergies nouvelles, conférant à ses produits un avantage de prix
compétitif et une grande réactivité face aux besoins de la
transition écologique européenne.
Par ailleurs, les stratégies d’investissement des entreprises
multinationales en Chine, qui privilégient de plus en plus une
logique « en Chine et pour la Chine », modifient les flux
commerciaux et engendrent un effet de substitution de
l’investissement au commerce.
À ces éléments s’ajoutent des facteurs conjoncturels qui ont
amplifié le déficit européen. Après la pandémie de COVID-19, la
reprise de la demande en Europe, tant de la consommation que du
réapprovisionnement des entreprises, a stimulé les importations de
produits électroniques, d’équipements mécaniques et de biens
durables. La crise ukrainienne a érodé les avantages de coûts des
secteurs énergivores tels que la chimie, la métallurgie et les
composants mécaniques, en faisant grimper les prix de l’énergie en
Europe. Les restrictions géopolitiques et les contrôles à
l’exportation ont en outre limité la vente de certains produits de
haute technologie européens vers la Chine, alors même que celle-ci
exprime un besoin réel en équipements de production haut de gamme,
composants clés, semi-conducteurs et technologies vertes. Ces
obstacles réglementaires empêchent cette demande de se traduire en
flux commerciaux effectifs.
Chercher des solutions
Face à la hausse du déficit commercial de l’UE vis-à-vis de la
Chine, l’inquiétude européenne atteint un niveau inédit.
Cette préoccupation est en soi compréhensible. L’Europe souffre
aujourd’hui d’un déficit d’innovation, d’une pression accrue sur sa
transformation industrielle, de tensions sur le marché de l’emploi
et de contraintes budgétaires, tout en subissant les contrecoups des
droits de douane « réciproques » imposés par les États-Unis. Elle se
montre donc particulièrement vulnérable à la concurrence extérieure.
Cet écart commercial croissant altère la perception interne des
relations économiques sino-européennes et augmente le risque de
frictions politiques.
La Chine, de son côté, a réaffirmé à plusieurs reprises sa volonté
de répondre à ces inquiétudes par le dialogue et la négociation.
L’enjeu actuel est de ne pas assimiler automatiquement déficit
commercial et « concurrence déloyale », ni d’imputer à la Chine
toutes les difficultés de la réindustrialisation européenne. Pour
l’Europe, l’atténuation durable des tensions commerciales passe par
un renforcement de ses propres fondamentaux : maîtrise des coûts
énergétiques, investissements industriels, transferts de
technologies et développement des capacités de production verte.
D’un point de vue économique, la recherche absolue d’un équilibre
bilatéral strict a peu de sens. Le commerce international repose sur
la maximisation des avantages comparatifs et la réponse à des
besoins mutuels, et non sur l’exigence d’un solde nul par pays. L’UE
enregistre un déficit commercial avec la Chine pour les biens, mais
affiche un excédent structurel avec les États-Unis sur ces mêmes
marchandises, tout en étant déficitaire avec Washington dans le
secteur des services. Historiquement, avant 1997, l’UE a d’ailleurs
été excédentaire vis-à-vis de la Chine pendant plusieurs années. Les
excédents et déficits se répartissent naturellement entre différents
partenaires, secteurs et maillons de la chaîne de valeur. Tant que
ces déséquilibres ne découlent pas de pratiques discriminatoires ou
de distorsions de marché contraires aux règles de l’OMC, ils ne
constituent pas une anomalie en soi.
La position chinoise est constante : elle reconnaît les inquiétudes
européennes et préconise de les apaiser par la concertation, sans
les politiser excessivement. Comme l’a rappelé le ministère chinois
des Affaires étrangères, l’essence des relations économiques et
commerciales sino-européennes repose sur le bénéfice mutuel. La
Chine ne recherche pas délibérément l’excédent et se dit prête au
dialogue. En retour, elle attend de l’Europe qu’elle respecte les
principes de l’économie de marché, notamment le libre-échange, la
concurrence loyale ainsi que la coopération ouverte et qu’elle évite
les mesures protectionnistes en privilégiant plutôt la voie
diplomatique.
Les chaînes industrielles sino-européennes étant profondément
imbriquées, l’interdépendance reste la réalité fondamentale.
Chercher à rompre ces chaînes au nom du « dérisquage » ou à traiter
les déséquilibres structurels par des barrières douanières ne
réduira pas le déficit, mais alourdira les coûts pour les
entreprises et freinera l’efficacité de la transition écologique. La
voie la plus prometteuse consiste à replacer les différends dans le
cadre des règles du marché, à traiter pragmatiquement les questions
de méthodes statistiques, d’accès aux marchés, de subventions, de
contrôle à l’exportation et de normes environnementales, et à
remplacer la confrontation politisée par une logique de coopération
mutuellement avantageuse.
*DING CHUN est directeur du Centre d’études européennes de
l’Université Fudan, et WU JIWEI est chercheur postdoctoral au Fudan
Institute of Belt and Road & Global Governance.
Cet article a été publié dans le numéro 13 de 2026 de la revue
Shijie Zhishi (Connaissances du monde).
Source: La Chine au Présent
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